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Visite chez Pajottenlander: "Produire plus de fruits bio en Belgique : une nécessité"

En 2012, Pajottenlander, le spécialiste des jus de fruits célèbre son vingt-cinquième anniversaire. Une belle occasion pour un entretien avec Peter Vanden Daele sur la croissance du marché bio, la complexité de la préparation des jus de fruits et l’évolution du secteur bio.

Deux grandes passions

Jeune, Peter Vanden Daele avait deux passions : l'agriculture bio et les vergers. Encouragé par son père, il a fréquenté le prestigieux Institut Lemmens de Louvain pour y étudier le piano classique et l’orgue. Tout son temps libre, il le consacrait à un potager bio, la récolte, la vente des fruits... Après ses études, il a travaillé plusieurs années dans la ferme horticole biodynamique Akelei. Gagné par l'enthousiasme du propriétaire Johan D'Hulster, Peter a finalement décidé de faire de sa passion un métier et son parcours "musique" est devenu un passe-temps. Il a trouvé un beau verger dans sa région natale, Pajottenland, une région avec des collines pittoresques à l'ouest de Bruxelles, où est née également la marque Pajottenlander. "Quand j’évoque le temps passé je constate que tout est devenu plus grand qu’à l'époque. Je voulais une ferme pour cultiver des fruits bio et une unité de transformation de haute qualité. Nous avons eu jusqu’à trente hectares de verger. Nous vendions une partie des fruits en frais et le reste était transformé en jus. Mais combiner la culture, la transformation et la commercialisation s’est avéré difficile. Par conséquent, nous avons décidé d'externaliser la culture en collaborant avec des  producteurs partenaires fiables. Avec le recul, cela a été une bonne décision. "

Consommateurs et B2B

«Aujourd'hui, notre société mène deux activités qui s’équilibrent : la préparation et la vente de jus de fruits et de légumes en Belgique et la vente en Belgique et à l’étranger de fruits bio frais pour la transformation. »

Import : trouver des fruits de qualité

Pajottenlander propose 20 jus de fruits, 6 jus de légumes, et une boisson aux fleurs de sureau, avec au total 35 fruits et légumes différents qui sont transformés. "Notre gamme est très large et nous achetons des jus bio aux quatres coins du monde. Une partie provient de Belgique et des pays voisins, et le reste de plus loin : Turquie et Iran pour le jus de grenade par exemple, Inde pour la purée de mangue... Nous avons développé une solide réputation avec notre offre dont nous  sommes très fiers. Pour la production de nos jus, nous recherchons la plus haute qualité. D’une part, nous les testons en les dégustant et d’autre part, nous procédons à des analyses pour être sûrs d’une qualité biologique impeccable, surtout quand il s’agit de provenances exotiques.

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Le jus de pomme est populaire

La majorité de consommateurs associent les jus de fruits au jus d'orange. De son côté, le consommateur bio vit plus consciemment et préfère souvent des jus de fruits locaux comme celui de pomme. « Beaucoup de nos jus sont à base de jus de pomme ou de poire, parce que nous cherchons à voir le plus possible de fruits locaux dans nos produits. D’ailleurs nous constatons une croissance des ventes de nos jus de poire parce que de plus en plus de gens sont allergiques aux pommes.  Cela a certainement à voir avec les nombreux pesticides utilisés dans les vergers de pommiers conventionnels’, confie Peter Vanden Daele

"Une petite partie de notre jus de pomme vient de Belgique, mais pour le reste, nous sommes dépendants des importations en provenance d'Allemagne, où, depuis des décennies, il y a une forte  production de pomme bio ainsi que de la transformation. Nos besoins sont tout simplement trop importants pour travailler uniquement avec des pommes belges. C'est dommage et c'est pourquoi nous avons lancé un projet pour développer la production de pommes bio en Belgique au cours des prochaines années. Il s'agit d'une collaboration avec une fondation de vergers en Flandre, CRA (Centre de Recherche Agronomique) et en Wallonie (Gembloux) et avec Le Centre Régional de Ressources Génétiques dans le nord de la France (Villeneuve d'Ascq). Nous avons testé et évalué de nombreuses variétés de pommes pour définir quelles sont les plus adaptées à la transformation en jus.

Mode de transformation simple sans concentration

Dès le début, Pajottenlander recherchait la meilleure qualité pour ses jus de fruits. "Elle dépend de la qualité du fruit, mais aussi du process. Pour nous, c'est du pur jus simple, non issu de concentrés. La concentration implique d’extraire l’eau en gardant seulement un sixième du volume. Ceci est utile pour plusieurs raisons, néanmoins, il s'agit d'un traitement très agressif qui a toujours une influence sur le goût et la valeur nutritive du jus final. "

«Comment notre jus est produit? Nous pressons nos fruits, de préférence avec une presse Bucher dont la technique est la moins agressive, et conserve les saveurs. Puis, le jus est stabilisé par pasteurisation avant d’être placé dans des réservoirs de stockage stériles pour une conservation temporaire ne compromettant pas la qualité. "

Des mélanges savamment dosés

«Nos jus de pomme et de poire proviennent de hoogstam, des arbres à haute tige. La période entre la floraison et la maturité est plus longue qu’avec des souches basse tige. De cette manière le rapport entre les acides et les sucres est optimal. Car ce sont ces acides contenus dans le jus de pommes qui donnent du corps et un goût plus savoureux au jus. Pour les jus mélangés, comme par exemple pomme-cassis ou pomme-cerise, nous utilisons une combinaison de souches basse tige et haute tige.

"On constate une variation du goût d'année en année, ce qui intrigue souvent less consommateurs.  Il faut alors leur expliquer que c'est un produit naturel et que la variation est logique et normale. "

Difficile de s’installer en bio

«Je suis positif sur le développement du secteur bio. Mais cela ne veut pas dire que tout va bien. Que certains dans le secteur recherchent parfois la limite inférieure de la qualité est une évolution inquiétante.

La responsabilité de la qualité reste toujours dans les mains des producteurs. Et à cet égard, je ne suis pas pessimiste car je vois de nombreux collègues qui ont mis tout leur cœur et leur âme dans leurs produits pour offrir une vraie haute qualité », souligne t il

«Pour nous aussi, la bio, c’est plus que répondre à la réglementation. C’est une «vision globale», comme pour l'amour de la vie, avec tout le respect pour la nature, d'où notre choix de l'agriculture bio. En cela inclut aussi les relations avec les gens avec qui nous collaborons ou négocions. "

«Par contre, je suis un peu inquiet quant à la croissance de l'agriculture bio. Le prix élevé des terrains fait que s’installer en agriculture bio est devenu difficile, en particulier pour les jeunes gens enthousiastes. Il faut agir et trouver des solutions. C'est pourquoi, en tant que producteurs, nous voulons contribuer au développement de l'agriculture bio au niveau national et régional», conclut Peter Vanden Daele.

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